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La prochaine réunion :

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Le : Jeudi 3 avril à 18h

  Lieu : nous contacter par courriel


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Thème : Jacques Chessex


 

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 10:28

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  © Espace Culturel St Jean de Maurienne

 

 

Marie-Hélène Lafon sera à Saint-Jean-de-Maurienne le 9 juin 2013. Ce qui nous incite à lire et relire ses romans et nouvelles sans relâche.

 

Et aussi à écrire :

 

 

L’intrigue du roman Les Pays de Marie-Hélène Lafon est banale. Elle nous plonge dans la vie ordinaire de Claire, née en pays cantalous, qui vient faire ses études de lettres classiques à Paris et y reste. Avec Les Pays, Marie Hélène Lafon m’a captivée et entraînée dans une dimension de lecture que je n’ai pas souvent ressentie.

Il y a, en effet, par l’écriture même de ce roman (peut-être ?!) quelque chose qui se transforme au fil des pages et qui m’a transportée.


La première partie décrit une visite, à Paris, du père Santoire (un nom de lieu), avec Claire et Gilles ses enfants à l’occasion du Salon de l’agriculture. Hébergés à Gentilly par les amis Suzanne et Henri, ils débarquent avec un sac plein des saveurs du Cantal « le cochon les fromages et le pot de confiture ».

Le début du roman est écrit en style parlé. La ponctuation donne un rythme « essoufflée » à la narration de Claire comme si, dans son enthousiasme juvénile, elle avait peur d’oublier quelque chose. Et c’est vrai que cette entrée en matière est essentielle pour comprendre la suite que j’analyse comme une sorte d’élargissement du principe de l’unité de lieu : les pays… en dehors ? en dedans ? Pourquoi « les » pays ?

On peut s’engager, dès le premier chapitre et si on le veut, dans un petit parcours sociologique et politique à partir, par exemple, de la description du père «  tombé » tout jeune « dans le chaudron », et n’ayant «  voulu que la vache et ce métier dont il savait tout comme de naissance », de la payse Suzanne mariée avec Henri, le parisien, « le vrai »,qui n’avait pas « fait une grosse propriété » comme sa sœur aînée Thérèse mais «  était dans les chèques postaux ». Ces prédécesseurs combatifs, dont la

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  © Vache salers « Ardaille » à robe noire http://www.elevage-salers.fr/

 

Salers est la fierté, qui connaissent bien l’agriculture en action avec ses difficultés aussi, qui aiment ce qu’ils font, qui ne semblent pas tenir des propos à tout propos souffreteux, plaintifs et chargés d’acrimonie, ont préparé Claire à construire son espace de vie, son « pays » ailleurs avec d’autres « pays » sans oublier son et ses « pays ».


Car c’est de cela dont il s’agit dans la deuxième partie, 4 fois plus longue que la première et dans la dernière aussi. Il est rare d’honorer Eugène Delacroix en exergue d’un roman. Marie Hélène Lafon le fait… Ce n’est pas pour rien. Chacun connaît « La  liberté guidant le peuple », tableau culte du Musée du Louvre. L’épisode des barricades demeure toujours symbole de la République et de la démocratie avec tous ses possibles pour le citoyen… Le Louvre où Claire est heureuse de conduire son neveu et son père c’est un « continent ». Claire « disait que c’était une ville dans la ville, où l’on allait de quartier en quartier, où l’on pouvait s’égarer parce qu’il y avait toujours à voir, à se laisser happer par une rencontre imprévue ». 


Car des rencontres, Claire en fait beaucoup pendant toutes ces années à Paris. Elles évoluent au fil du temps et des exigences de l’héroine. Au début, timide, elle se contente de fantasmer, par exemple, sur les talents pianistiques de son professeur de grec puis, on passe au réel, avec des pays de « son » pays comme le magasinier de la bibliothèque. Mais ces « connivences » n’apportent pas grand chose pour se bâtir comme sujet. C’est par ses études qui sont « sa guerre » que l’espace de Claire s’élargit et s’enrichit notamment grâce à des camaraderies d’université et l’accueil dans leurs familles disposant d’un environnement culturel « domestique ». La banque aussi où elle travaille pendant les vacances pour compléter sa Bourse lui ouvre le monde professionnel et lui apporte un peu de drôlerie.


Dans ces deux parties, l’écriture s’est cadrée et posée. Les descriptions de Claire sont précises et objectives sans jamais insister pesamment et « plomber » le texte par des jugements. J’ai savouré comme je l’aurai fait d’un Saint-nectaire. Ces deux dernières parties m’ont donné de la force et de l’espoir. A tout âge, on peut continuer d’explorer d’une manière intelligente les pays qui nous entourent et découvrir la culture qui nous convient alimentée par la littérature, les arts, la science, la poésie. Les pays sont peut-être cet ailleurs culturel ou de nature qui est partout.


« Nous ne possédons réellement rien ; tout nous traverse » disait Eugène Delacroix dans son Journal. Claire, c’est justement cette intelligence de la spatialité qui sait traverser les approches classiques pour passer à autre chose et garder un regard et une écoute toujours neufs. De sa chambre, située dans le treizième arrondissement, et sans beaucoup de moyens matériels elle a su partir à l’assaut d’elle-même et de tous les espaces rencontrés pour gagner sa liberté.

 

 

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