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La prochaine réunion :

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Le : Jeudi 3 avril à 18h

  Lieu : nous contacter par courriel


lire.echanger [at] gmail.com

 

Thème : Jacques Chessex


 

Les réunions sont ouvertes à tous


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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 13:10

 

 

 

A propos d'Extension du domaine de la lutte :

 

Le début du roman in medias res donne le ton : les personnages sont des cadres moyens de 25 à 40 ans dont le comportement est absurde aux yeux d'un narrateur qui s'avère bien plus bavard avec son lecteur qu'il ne l'est dans sa vie de personnage fictif.

 

Il parle, il parle ce narrateur, il nous interpelle « je suis là, je ne vous laisserai pas tomber », il s'adresse à nous, à moi, de manière insistante : « Souvenez-vous […] de votre entrée dans le domaine de la lutte ». Un narrateur qui, non content de nous raconter sa vie, nous inflige des fictions animalières dont il est l'auteur et sa théorie de la sexualité comme système de hiérarchisation sociale. Pour cela, il se fait docte, scientifique, voire lyrique, ésotérique...


Houellebecq est habile sur le plan de la narration pour balader son lecteur : des changements de registre, un brouillage systématique des pistes entre réel (effets de réel donné par les marques, la publicité, les noms propres, etc.) et fiction (les mises en abyme, à tel point qu'on ne sait pas si le narrateur est un reflet de la personnalité de l'auteur, d'où un Houellebecq si vilipendé dans les médias), des références soigneusement choisies (Patricia Highsmith par exemple : la « simplicité et la brutalité » de l'oeuvre de Highsmith, comme le dit le narrateur, peut s'appliquer à Houellebecq lui-même !).

 

C'est Flaubert quand il casse d'une phrase railleuse le jeune cadre qui signale une tournure « un peu malheureuse au niveau de la syntaxe » à sa secrétaire voulant montrer sa supériorité et ne parvenant qu'à être ridicule (une pensée pour M. R..., mon professeur de français qui menaçait des pires sanctions les élèves qui auraient ne serait-ce que l'idée d'utiliser cette malheureuse et incorrecte expression dans leur copie ou à l'oral, nombreux journalistes n'ont pas eu "au niveau du vécu" M. R... en cours de français...).


Jargon et langue de bois, indigence du vocabulaire et de la plupart des conversations ordinaires s'opposent à la précision de la langue chez Houellebecq. Mais venant d'individus qui sont dans l'impossibilité d'établir des liens quels qu'ils soient à cause de leur extrême liberté même et du libéralisme généralisé (« le domaine de la lutte ») qui les oblige à se battre sur tous les plans au risque d'une « fatigue d'être soi » selon Alain Ehrenberg, la langue ne peut être que moche, vide, imprécise, et bourrée de noms propres devenus d'usage générique.

 

 

Autre article sur le même sujet :

 

Michel Houellebecq : réunion du 12 avril 2012 (2)

 


 


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Published by Nathalie Gerfaud-Valentin - dans Lire & Echanger a lu... et échangé...
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