Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La prochaine réunion :

Livres-tout-autour-de-la-terre.png

   

Le : Jeudi 3 avril à 18h

  Lieu : nous contacter par courriel


lire.echanger [at] gmail.com

 

Thème : Jacques Chessex


 

Les réunions sont ouvertes à tous


Recherche

26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 16:53

 

Michel HOUELLEBECQ « Extension du domaine de la lutte »


En montant sur un sycomore, j’ai rencontré un merveilleux oiseau aux belles couleurs : un pic vert. Pour saisir ses proies, des insectes ravageurs, il a une langue (de vipère ?) à la fois cylindrique et pointue, gustative et tactile, visqueuse sur toute sa surface, garnie à son extrémité de petits crochets et, qui mieux est, protractile c’est-à-dire susceptible de s’allonger démesurément pour pénétrer dans les trous creusés par … le bec… Mais où est le bec ? Sur ma table de cuisine, maculée « d’un reste de thon à la catalane Saupiquet », je réfléchis à la question. C’est vraiment sans queue ni tête et, quelque part « Extension du domaine de la lutte » de Michel Houellebecq avec ses fictions animalières,  va me remettre en chemin.

 

La construction de ce roman, en trois parties inégales, m’a étonnée. La première partie s’ouvre avec l’épitre aux Romains en 12 chapitres (comme les apôtres). J’ai mal saisi Romains, XIII, 12 mais découvert qu’en allant jusqu’à Roma…i…n XIII, 13 : « Marchons honnêtement, comme en plein jour, loin des excès et de l’ivrognerie, de la luxure et de l’impudicité, des querelles et des jalousies », j’avais une sorte d’ éclairage sur presque tout ce qui allait suivre.


On démarre par une soirée débilitante entre cadres moyens avec séance de strip tease et sirotage de vodka par le narrateur au point d’en perdre sa voiture (il dira qu’on l’a volée par crainte d’être pris pour un détraqué) au milieu des rues parisiennes qui commencent toutes par Marcel. Le ton est donné : la Règle d’un côté et …Les factures, la carte d’identité, la carte bleue… la voiture de l’autre ! Les contrastes (entre terre et ciel) sont tels que je ne peux pas résister au fou rire.


Dans l’entreprise d’ingénierie informatique où travaille le narrateur, les enjeux contractuels sont importants. On rit beaucoup des autres en oubliant que l’humour c’est d’abord rire de soi-même sans « vantardise de dépréciation »*. Le lien entre les cadres, moyens ou grands, est ténu en raison des déplacements lointains fréquents nécessaires pour la mise en place des progiciels et parce que l’environnement professionnel est lourd, très lourd, alourdi par le conformisme, la vanité et la pression pesant sur les « électroniqués, emmurés »* dans un quotidien d’efficacité, de rationalité et de rapidité.


Une deuxième partie, sans titre, nous explique justement le titre du roman : les individus les plus doués et les plus beaux ( !), bronzés après séjour aux Séchelles ( !) occupent des fonctions supérieures et s’accaparent des moyens de production mais aussi du sexe en super marché libéral. Je ne sais pas si Marx retrouverait ses petits dans cette assertion de notre homme « système » (Marx fut le premier à utiliser ce dernier mot). Mais c’est drôlement bien écrit et le verset bouddhique sur les fous (Dhammapada V 62) arrive à point nommé pour la compréhension du roman. C’est cet instinct de possession qui tue tout (avec ou sans « couteau à steak  de l’Unico ») «Ces enfants sont à moi » (Ah oui !), « ces richesses sont à moi » (tiens, tiens !) « Ainsi parle l’Insensé et il est tourmenté. Vraiment on ne s’appartient pas soi-même. D’où les enfants » (nombreux, en signe d’amour, pour eux ou pour soi ?). « D’où les richesses ». 


Troisième partie. Cette histoire finit bien : ils restèrent célibataires et n’eurent aucun enfant. Le 22 décembre, le collègue du narrateur, Raphaël Tisserand essaie une dernière fois de trouver l’amour en boîte mais le narrateur lui torpille le moral et lui dit, que foutu pour foutu, il peut tuer la fille convoitée (canon) partie avec un autre homme (très beau). Raphaël renonce au crime (« Ah, oui, avoir des valeurs »). Le narrateur tombe malade parce qu’il ne prenait pas son psy quotidien comme son ancienne amie, Véronique la poison, qu’il aurait dû manger en salade. Raphaël Tisserand se tue en voiture. C’est fini « Ah oui, c’était au second degré ! On respire » (Michel Houellebecq parle du chapitre précédent que j’intitule « pousse-au-crime » !).

 

Ne pas tuer mais se tuer à aimer. Oui, ça peut marcher aussi en entreprise.


* Bernard Leblanc-Halmos « Le clan des emmurés », L’Etre Image, Septembre 2008 c’est-à-dire presque 10 ans après « Extension du domaine de la lutte ».

 

 

Autre article sur le même sujet :

 

Michel Houellebecq : réunion du 12 avril 2012 (1)

Partager cet article

Repost 0

commentaires